La nouvelle đ«đ·đđšđł
Bon. Nouveau pays, nouvelle école, nouvelle langue, nouveau TOUT.
Bon. Nouveau pays, nouvelle Ă©cole, nouvelle langue, nouveau TOUT. Il est temps de tout Ă©crire avant que jâoublie Ă quel point les diffĂ©rences sont WILD đŻ.
PremiĂšre chose que jâai faite en France : mâinscrire au conservatoire ET dans un studio de ballet, parce que â accroche-toi â chaque Ă©cole propose deux cours de classique par semaine. Deux. âïž En Chine, je dansais neuf Ă dix heures par semaine EN PLUS du taekwondo đ„. Mon pauvre petit planning français avait lâair dâĂȘtre en vacances. (Spoiler alert : en France, tout est toujours plus ou moins en vacances. On y arrive. đïž)
Un peu de contexte, parce que tu ne connais pas mon ancienne vie. Je suis nĂ©e en Chine, jây ai vĂ©cu 9 ans, et câest lĂ que tout (le ballet) a commencĂ©. En Chine, mon studio Ă©tait tout neuf â ouvert par une âprincipal danseuseâ tout juste « retraitĂ©e » â et moi, Jackie et Min, on Ă©tait pratiquement les trois premiĂšres Ă©lĂšves. LittĂ©ralement membres fondatrices. đ On a grandi dans ce studio, et ça marchait comme ça : tout suivait le cursus Vaganova (câest la technique russe đ·đș), et au lieu dâun seul grand cours, tu avais des cours de 45 minutes, en gĂ©nĂ©ral au moins 2 par jour. Technique classique. Pirouettes. Variations. Coaching concours. Gymnastique russe. đ€žââïž Plus les auditions et les rĂ©pĂ©titions dĂšs que tu Ă©tais castĂ©e, et on Ă©tait castĂ©es SOUVENT : on dansait des extraits de Casse-Noisette dans des centres commerciaux Ă NoĂ«l đ, des ensembles chorĂ©graphiĂ©s par Miss Wendy Ă PĂąques, et au moins un vrai ballet par an â The Fairy doll, La Esmeralda, Le Corsaire. Jâilluminais de ma prĂ©sence et de mon talent les scĂšnes (et les corridors de centre commerciaux) de la ville. Ă huit ans. đ
La France, câest⊠une autre planĂšte. đȘ Il y a UN cours, et il sâappelle « ballet ». Chaque cours câest pareil : barre, puis milieu. Les bases, les bases, les bases. Boring. But OK. But boring. đ„± Tu dois prendre modern et contemporain au conservatoire (obligatoire), mais le rĂ©pertoire ? les rĂŽles de caractĂšre ? Jâai demandĂ©. « Pas de rĂ©pertoire avant, au moins, quatorze ans ! Le rĂ©pertoire, câest pour les ĂTOILES â criminal offensive side-eye » QUATORZE. What the helly ?? đ± ET il y a un spectacle par an. UN. Fais le calcul avec moi : en France, tu peux faire de la danse pendant des ANNĂES â et la plupart des filles ici ont commencĂ© bien avant moi â et ne JAMAIS porter de tutu. Ne JAMAIS faire un solo. Genre, jamais. Pas une fois. đ«đ©° Prends note: quand jâouvrirai mon propre studio un jour, il y aura des spectacles tout le temps, des tutus, des costumes de rats đ, et Casse-Noisette chaque NoĂ«l. Câest une promesse et un business plan. đđ
Maintenant â le moment gĂȘnant. Quand je suis arrivĂ©e, jâĂ©tais, genre, la star. Et je ne fais pas ma prĂ©tentieuse â je sais que je suis bonne, mais je nâĂ©tais pas « la meilleure » avant. MĂȘme pas proche. Mais ici, je suis genre amazing, lâexample, et les gens avaient une THĂORIE lĂ -dessus : « elle vient de Chine, lĂ -bas ils forcent les enfants⊠câest comme de la torture » Bombastic criminal offensive side eye. đđđ Non. Personne ne mâa forcĂ©e Ă rien. CâĂ©tait FUN en Chine. Oui, on travaillait â le grand Ă©cart avec la jambe sur trois blocs de yoga, ce nâest pas une journĂ©e spa đ§ââïž â mais on rigolait tout le temps, les profs Ă©taient gentilles et nous encouragent constamment, du coup on prenait de plus en plus de cours. On papotait Ă la barre. On inventait des petites danses. Min et Jackie mâont appris Ă twerker (pardon, Miss Wendy đ). Le travail et la joie ne sont pas des contraires : câest un pas de deux. đ La France te fait faire les bases pendant des annĂ©es et des annĂ©es â en Chine on te mettait sur scĂšne trĂšs tĂŽt, et on te laissait grandir Ă lâintĂ©rieur du vrai rĂ©pertoire. Les deux marchent. Mais un seul des deux te laisse porter un tutu avant ta majoritĂ©. đ
Lâambiance ici a demandĂ© un temps dâadaptation aussi. En Chine, le studio Ă©tait notre QG â on arrivait en avance pour sâĂ©chauffer, jouer, papoter⊠đ On y mangeait mĂȘme assez souvent, et pas des petits sandwichs dĂ©licats. Des soupes chinoises puantes dans des bols en polyester. Ici, les filles attendent dehors et entrent quand le cours commence. (Gossips strictement rĂ©servĂ©s au « Vestiaire » â jusquâĂ moi, en tout cas. đ€«) Et les profs sont, disons, strictes. Ma prof principale, câest Voldemort. (Pas son vrai nom. Ăvidemment. But if the warm-up bootie fits⊠đ§ââïž) En Chine, Miss Wendy nous corrigeait comme ça : « Bien jouĂ© Gigi â mieux ! La prochaine fois, essaie de garder la jambe plus tendue » ou « Je sais que tu peux le faire, spotte plus vite. » đž Je nâai jamais vu une seule personne pleurer dans ce studio. Ici ? Ca pleure. BEAUCOUP. đ Moi, jâessaie de dĂ©tendre lâatmosphĂšre avec mon humour britannique, pas toujours compris mais bon. Et vous voulez un secret? Câest utile de ne pas parler la langue couramment, les gens ça les dĂ©stabilise (wink wink đ). Du coup les autres Ă©lĂšves riaient toujours quand Voldemort partait dans une tirade pendant que je la fixais dâun regard vide, quâelle finissait par me demander si jâavais compris, et que je rĂ©pondais « jâai juste entendu blablabla pliĂ© ». Bizarrement, les gens pensent toujours que je ne suis pas trĂšs maligne. On peut ĂȘtre pretty ET smart, tu sais.
Et LES VACANCES. đïž La France est toujours soit en vacances, soit en train de rentrer de vacances, soit en train de compter les jours jusquâaux prochaines. Toutes les six semaines, minimum deux semaines de pause, presque trois MOIS lâĂ©tĂ© â donc tu dois construire ton propre plan pour continuer Ă tâentraĂźner (voir : mes Intensive Diaries đ). En Chine, on avait quelques jours au Nouvel An chinois đ§§ â sauf sâil y avait une reprĂ©sentation au centre commercial, Ă©videmment â et de temps en temps un typhon de niveau 8 đnous empĂȘchait dâaccĂ©der au studio. Câest tout. Câest la liste entiĂšre. Les vacances dâĂ©tĂ© ? Tu veux dire le summer intensive, LOL. Le studio ne fermait jamais. đâ
Mais ce qui me manque le plus, ce nâest pas le planning. Câest les dimanches. đ„ Oui, tu as bien lu, les dimanches. En Chine, câest le jour oĂč on avait le plus de cours (je tâai dis que ca ne fermait JAMAIS, start believing). On traĂźnait au studio toute la journĂ©e â Starbucks avant, dim sums aprĂšs, en gĂ©nĂ©ral avec la famille de Min, et Jackie qui mangeait la moitiĂ© des dumplings tout en protestant quâelle nâavait âpas trĂšs faim en faitâ. Main character energy, toute la journĂ©e. âš Membres fondatrices, je te rappelle. đ
Mais nouveau chapitre, nouveau studio, nouvelle mission. Et la France avait un truc dont je nâavais jamais entendu parler⊠(pause dramatique đ„) âŠĂ§a sâappelle la danse-Ă©tudes. Prochaine entrĂ©e. đ©°đ